Le cheval partenaire de notre de notre bien-être, pourquoi ?

Le cheval partenaire du thérapeute -, pourquoi ? Une brève introduction à l'equithérapie 

Extrait de mon mémoire d'equithérapie. Equithérapie et construction identitaire-Société Française d'Equithérapie. 2017

 

"L’histoire de l’homme est marquée par les interactions entre l’homme et le cheval. Les apports du cheval à l’être humain sont connus depuis l’antiquité.

Déjà au Ve siècle avant JC, le philosophe et stratège Xénophon, écrit : « le cheval est un bon maître non seulement pour le corps mais aussi pour l’esprit et le cœur ». Diderot dans son encyclopédie écrit un traité intitulé « de l’équitation et de ses conséquences pour se maintenir en bonne santé et pour la recouvrer », signifiant ainsi l’ouverture de l’équitation à des fins thérapeutiques, portée par les sciences médicales.

 

 

De plus en plus, l’homme prend en compte le bien-être animal, cherche à comprendre son comportement, ses modes d’apprentissages afin de nouer plus une relation de partenariat que de dominance dans le but d’établir un lien d’égal à  égal entre être vivant, différents et interdépendants.

Cette prise de conscience marque la volonté, pour un nombre croissant de personnes, d’un rapprochement vers la nature, d’un retour aux sources, à sa part animale en tant que part intime de soi.

 

Le mot animal vient du mot « âme », « anima » en latin. Le terme âme apparaît d’abord au Xe siècle, dérivé du latin anima qui définit la part immatérielle d’un individu, son principe spirituel de vie, son âme. Puis deux siècles plus tard, se construit animal : celui qui est animé par ce souffle vital.

L’animal a été introduit dans la thérapie à la fin du XXe siècle. Sandrine Willems montre dans son livre que « les animaux sont loin de se réduire à de simples substituts affectifs ; ces êtres auxquels certains chercheurs commencent à reconnaître le statut de sujets peuvent penser les maux de l’âme ».

L’équithérapie fait partie des thérapies à médiation animale ou zoothérapie, avec la spécificité propre du cheval.

 

L’étymologie du terme équithérapie est : « equus » (cheval, en latin) et therapeia (cure ou soin en grec ancien). La Société Française d’Equithérapie (SFE), définit l’équithérapie comme étant « une prise en charge thérapeutique médiatisée par le cheval et dispensée à une personne dans ses dimensions psychiques et corporelles ». C’est une relation tripartite : le cheval, le patient, le thérapeute. Le Dr Rosa Pérez décrit cette relation : « Le rôle du cheval est celui du médiateur, facilitateur. Il est là pour ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques, mais il ne soigne pas.

L'equithérapeute accompagnant est spécialement formé à la connaissance, et au maniement de son partenaire, le cheval, et surtout, il possède des connaissances et une pratique dans l’accompagnement thérapeutique ou éducationnel »

 

Au fil des siècles, l’Homme a noué un lien avec le cheval : à la fois chassé pour sa viande par l’homme préhistorique mais aussi largement admiré et représenté comme un animal totem dans les magnifiques peintures rupestres, comme en témoigne la grotte de Lascaux.

Dans l’agriculture, les guerres et autres conquêtes, les transports, le sport, ou comme faire- valoir de réussite sociale ou de puissance, le cheval a toujours occupé une place importante dans notre Histoire. Il est présent dans notre inconscient collectif.

 

Aujourd’hui, la relation avec le cheval évolue, nous prenons de plus en plus en compte son comportement (éthologie équine) pour construire une relation de confiance respectueuse de son bien-être. L’Homme est attaché à cette relation avec lui car il y gagne psychiquement grâce à la nature même du cheval et à ses différentes symboliques conscientes et inconscientes.

 

 Symbolique des pulsions de vie et de mort.

 

Le cheval est un support de projections conscientes et inconscientes, de fantasmes, d’identifications. La symbolique du cheval est paradoxale : emblème de puissance, de gloire, de liberté, d’énergie vitale, d’impétuosité du désir, de  Vie, mais aussi de force incontrôlable, de l'imprévisible qui peut faire chuter, blesser, emporter, tuer. Il réunit les deux forces pulsionnelles de vie et de mort : Eros et Thanatos. Ainsi, il nous permet de plonger dans nos profondeurs archaïques.

 

 

Par ailleurs, peuvent émerger, d’autres peurs qui seraient « comme mourir » si elles advenaient. Elles sont comme des poisons

émotionnels et emprisonnent la liberté d’être : la peur d’être envahit, la peur du rejet, la peur de l’abandon, la peur de la honte, la peur d’eux- même, de leur puissance, de la violence de leurs émotions. 

 

Ainsi quand la peur du cheval est nommée…de quelle peur s’agit-il vraiment ?

 

.     Symbolique de notre animalité.

Selon J. Chevalier et A. Gheerbrant, dans leur dictionnaire des symboles : « le cheval symbolise les composantes animales de l’homme ». Il nous relie à notre part instinctive, intuitive et nous permet de la développer. Il nous relie à notre Vérité car la rencontre avec notre Soi est de l’ordre de l’intuitif et du sensitif.

 

Impossible de tricher avec le cheval, les masques du faux-self tombent petit à petit. Dans cette relation, les  personnes pourront réveiller, révéler leur intuition, leur sensibilité. Ils pourront se libérer du contrôle qu’ils s’imposent, le contrôle comme défense, pour ne pas être emporté par leur sensibilité et la puissance de leurs émotions… pour ne pas être ce qu’ils sont, puisque ce qu’ils sont, ne peut exister dans un monde normé.

 

Dans le cadre bienveillant de l’équithérapie, le patient/ client, pourra trouver un espace où, en miroir du cheval, il se découvrira, apprivoisera sa liberté d’être, osera être. Dans la différence du cheval, il reconnaîtra sa propre différence. Le cheval sera son partenaire pour qu’il devienne ce qu’il est.

 

.    Symbolique maternelle.

Le mot « maternel » évoque la douce protection, la sensation d’enveloppement chaud, doux, dans la sensualité du portage, des caresses et du regard bienveillant dans lequel émane l’amour inconditionnel de la Mère pour son enfant. Regard dans lequel celui de l’enfant plonge, lui donnant la sensation d’exister, digne d’amour et de soin. À l’écoute de la vulnérabilité de son enfant, elle le porte, l’entoure, le nourrit, crée les conditions d’un environnement sécurisant qui permettra à l’enfant de construire les premières fondations de sa sécurité intérieure.

 

Le cheval permet de ressentir, de retrouver ces premiers émois dans la réciprocité de la relation qui va se créer entre lui et le patient/client : les mains dans la crinière, le visage contre l’encolure presque enfoui dans la crinière, la chaleur, la douceur du poil, la rondeur des courbes, le souffle chaud qui sort des naseaux sont autant de revivances des premiers liens maternels. Porté par le cheval, allongé sur lui, le patient peut revivre ces sensations archaïques, ou vivre ce dont il peut manquer : du soutien, être porté sans attente, se reposer sur et cesser de lutter, de faire.

Moment de lâcher-prise où le patient/client, peut se laisser aller à être. 

Un espace de calme, d’apaisement où ils peuvent déposer les armes ou apprendre à le faire, un espace bienveillant dans lequel ils peuvent laisser vivre leurs émotions et leur sensibilité.

 

Le non jugement, l’inconditionnalité sont au cœur de la relation d’amour entre la mère et son enfant. C’est aussi ce qu’offre le cheval. Il est non jugeant, il est là, présent, non-intrusif, sans attente. Il réagit par rapport à un comportement, ce qui est distinct du Soi.

 

Cet espace de non-jugement accueille la différence. Le patient s’ouvre à la différence du cheval et apprend à accueillir la sienne. La relation se renouvelle toujours, il n’y pas de passif. Elle se déroule dans l’instant et, de fait, est toujours renouvelée en fonction de ce qui émerge. Elle permet ainsi de s’acquitter progressivement de la peur du jugement, de ne pas être suffisamment bon et de la peur du regard de l’Autre perçu comme intrusif.

En tout cas, le cheval offre cette permission de vivre cette expérience de non-jugement, un espace où le « Je » a la permission de se créer pour marquer son empreinte.

 

La parole n’est pas non plus la condition du lien avec le cheval, comme le sont les premiers échanges. Dans l’expérience non-verbale, le patient/client, apprend à se taire et laisser son corps, ses émotions prendre leur place. Penser, conceptualiser ne sont pas utiles dans l’instant de la relation et dans le mouvement de celle-ci. L’élaboration mentale immédiate de l’expérience vécue ou de celle à venir coupe d’une partie de Soi. C’est cette partie que certains ont tendance à laisser en jachère.

 

    Symbolique du féminin.

Le cheval est associé également au féminin. Le féminin est associé à la sensibilité, l’intuition, la vulnérabilité, au mystérieux. La vulnérabilité du cheval est exprimée par rapport à sa nature de proie. Il est en hyper-vigilance, tous les sens en éveil pour assurer sa survie face au danger, au prédateur.

C’est ce que peut ressentir l'être hypersensible, lorsqu'il y a trop de regards, de questionnements à son encontre, trop d’informations, de demandes. vécues comme un "envahissement". Il va ressentir cette sensibilité comme une faille et son principal système de défense sera la fuite, tout comme le cheval, l’amenant à de nombreux comportements d’évitement.

 

Dans la relation que l'on va construire avec le cheval, et grâce à l’effet miroir, les patients/clients, apprendront que cette sensibilité n’est pas un handicap mais au contraire une force. Ils apprendront à mieux l’apprivoiser et à l’utiliser fièrement.

 

Nous souhaitons également aborder, avant de clore cette partie sur la mère et le féminin, une autre dimension du terme « mère ». Une dimension, peut-être spirituelle, mais qui est aussi importante et nommée par nos ancêtres proches de la terre et des animaux : la Terre en tant que Mère de tous les Hommes. La Terre comme source de vie et nourricière ...

Les sabots du cheval foulant la terre, représentent l’énergie de l’ancrage.

Pourquoi en parler ici ? Parce qu’en relation avec le cheval, nous pouvons développer notre présence à nous-même et notre ancrage à la terre. Les personnes trop pensantes  ont un esprit qui s’échappe. Ils ne sont pas dans l’instant présent, présent à eux- même car ils sont dissociés. Grâce au contact avec le cheval, dans cette la relation qui se fait à pied (les pieds sur terre), il prend appui pour se tenir seul en contact avec lui-même. Cette présence à soi permet de développer la conscience de Soi.

 

      Symbolique paternelle

Le cheval a des significations symboliques de puissance, de force dans de nombreuses cultures à travers le monde. L’histoire des puissants et des grands conquérants, des hommes de pouvoir s’est construite avec le cheval et nombre de représentations au travers de sculptures et peintures le démontrent. Un dirigeant a pour vocation de se conduire « en bon père de famille », c’est-à-dire de veiller à la sécurité de ceux dont il a la responsabilité, de fixer un cadre, des règles, de légiférer pour assurer le fonctionnement du pays et par ailleurs de savoir l’ouvrir vers l’extérieur pour en permettre son développement.

 

Le père joue un rôle important dans le développement de l’enfant et de l’adolescent. Il est un soutien à la mère dans la petite enfance et participe ainsi à créer un environnement suffisamment bon. Selon Freud, il est l’élément essentiel, organisateur du psychisme lors de la période phallique et œdipienne. C’est une période qui marque la fin de la relation fusionnelle à la mère, l’orientation vers les objets extérieurs, l’ouverture au système de Loi, aux notions d’interdits et au phénomène social.

S’organise à partir de là, le Surmoi (instance des règles et des normes, conscientes et inconscientes de notre personnalité, siège des jugements et critiques du sujet envers lui-même) et l’idéal du moi (modèle d’identification désignant les valeurs positives auxquelles le sujet aspire).

Ces composantes de la personnalité seront révélées dans la relation avec le cheval et le cadre thérapeutique au travers du langage : « il faut/je dois/je ne peux pas/je ne suis pas capable » etc. ou des émotions : colère, tristesse, abattement par rapport à la frustration de ne pouvoir accéder à l’idéal de soi ou de l’autre lors de certains exercices.

 

À l’adolescence, le père encourage la prise d’autonomie vis-à-vis de la mère et à ce qu’il prenne sa place et se projette dans le monde extérieur, tout en maintenant son équilibre.

Les fonctions paternelles seront à vivre réciproquement avec le cheval.

 

En effet, le cheval prend une fonction paternelle à travers le respect qu’il impose de par sa stature, le respect de la prise en compte de ce qu’il est, pour interagir et construire une relation positive avec lui. Il impose des limites et permet donc de savoir où est sa place. Sa présence non-jugeante et non-intrusive véhicule un sentiment de sécurité. Le thérapeute accompagnera, renforcera, par sa présence et le cadre qu’il fixe, cette sensation de sécurité. Ce dernier accompagnera progressivement la prise d’autonomie du patient/client dans les différents temps avec le cheval.

 

Le cheval ne fait pas partie des désirs de l’autre, il renvoie donc à un principe de réalité et permet au patient de trouver la juste position entre désir et réalité. Ce dernier va se confronter aux limites et créer un nouveau projet pour s’adapter.

Réciproquement, la personne trouvera dans cet espace la possibilité de développer sa capacité à s’affirmer en posant des limites au cheval.

 

      Symbolique du masculin

La symbolique masculine du cheval est celle de l'énergie sexuelle, comme énergie de vie, de puissance primitive.

Le monter, c'est avoir, et ressentir, cette énergie, cette puissance. Dans les stades du développement psychique de l'enfant selon Freud, le stade phallique (de 24 mois à 4 ans) est celui de la prise de conscience de la présence ou de l'absence de pénis. Les parents sont vécus en fonction de leur puissance (la possession d'un pénis) et de leur faiblesse (absence de pénis). Le phallus est le symbole universel de virilité, assimilé à la puissance et à l'autorité. Le stade phallique est en étroite corrélation avec le complexe de castration et le développement du complexe d'Œdipe. Le cheval, par sa force symbolique, offre une possibilité de régression à ces stades et de dépassement de la peur archaïque de la castration pour reprendre confiance en soi et dépasser le sentiment d'impuissance.

 

      Support narcissique : idéal du Moi et représentation de soi

Le cheval évoque pour beaucoup Beauté, élégance, noblesse ainsi que fougue, liberté et douceur. Le patient/client, projette, sur le cheval, ses valeurs, son aspiration à Être, son idéal du beau, du sublime, du divin.

Réussir à mener le cheval participe à l’estime de soi. Par un effet miroir, on se sent valorisé, et fier. La réussite du lien établi avec le cheval et la capacité à le mener permet au patient/client,  de ressentir une grande satisfaction et contribue ainsi à la restauration de la faille narcissique. En revanche, la difficulté à se faire comprendre du cheval, à le mener, entraînera une frustration, vécue comme une impuissance. Ce sentiment d’impuissance, source de tristesse ou de colère, va le renvoyer à sa condition d’homme et donc à ses limites par rapport à l'idéal qu'il voudrait pouvoir créer. Il fait ainsi l’apprentissage de l’humilité sans remettre en question la valeur de son existence.

 

Révélateur de notre communication avec l'autre et avec soi

Comme nous l'avons déjà dit précédemment, le cheval a un mode de communication archaïque, c’est-à-dire qu’il se comporte selon son instinct,

Les informations qu’il reçoit au travers de ses sens (vue, odorat, ouïe) et communique de façon non-verbale par ses mouvements corporels et au travers de ses différents types de hennissements. Le cheval communique également de façon infra-verbale avec ses congénères. Ses sens très développés lui permettent de capter les moindres mouvements, les émotions, les odeurs, les incohérences entre notre langage corporel, nos émotions et l’intonation de la voix. On ne peut tricher avec lui.

 

Notre point de ressemblance avec le cheval est cette communication non-verbale qui prédomine chez l’homme. Notre langage non-verbal est également notre langage archaïque. Rappelons ici que notre Moi est avant tout un moi corps. Cette communication non-verbale, occupe 55% du message que nous envoyons à autrui. Par ailleurs, notre pensée et nos émotions vont se traduire dans le para-verbal, c’est-à-dire, le volume, l’intonation, le rythme de notre langage et ce pour 38% de ce message. Enfin, les mots que nous employons seront aussi le reflet de nos pensées, de nos croyances conscientes et inconscientes. Les mots occupent 7 % du message que nous transmettons.

 

Le cheval va révéler cette communication non-verbale dont nous n’avons pas conscience ainsi que l’énergie physique et psychique que nous sommes capables d’investir pour créer et maintenir la relation de communication avec lui.

Le cheval diffère de nous dans le fait qu’il n’interprète pas, ne juge pas, n’anticipe pas, n’élabore pas de stratégie. Il est dans l’instant, entier.

 

Animal grégaire, sociable et curieux, il va jauger la compétence de celui qui le guide pour assurer sa survie (comme dans le troupeau). Le patient/client capable de guider le cheval est celui qui saura suffisamment faire preuve de leadership.

 

Le cheval va révéler la cohérence de sa communication, ses émotions, son énergie. Il va révéler les incohérences entre l’état interne de la personne et ce qu’il donne à voir et à entendre à l’extérieur. Le thérapeute accompagnera cette lecture pour faciliter la prise de conscience de ce que révèle l’expérience et accompagner, avec le cheval, le développement d’une communication authentique.

 

La communication qui s’instaure avec le cheval se construit dans une adaptabilité réciproque des émotions, des sensations (isoesthésie) et des mouvements (isopraxie) telle la communication première entre la mère et le bébé.

 

Dans  toutes ses dimensions, le cheval apporte une grande valeur ajoutée au travail du thérapeute. Ils sont tous deux partenaires pour offrir un espace riche, créatif, structurant, pouvant permettre, à la fois une régression psychique salutaire. Il peut être un tremplin, vers une réalisation de soi authentique dans l’affirmation libérée de son identité.

 

 L’exercice de l’équithérapie.

 

 

L’équithérapie s’adresse à toutes personnes présentant des difficultés physiques, psychologiques et sociales. Elle vise la diminution des symptômes, l’amélioration de la qualité de vie, le mieux-être des personnes.

 

Elle est exercée par des professionnels diplômés. Chaque thérapeute oriente sa prise en charge des patients en fonction de sa formation initiale et des besoins du patient/client. Le travail thérapeutique implique la connaissance de la pathologie du patient, la mise en place des objectifs thérapeutiques, la garantie d’un cadre thérapeutique pour permettre une prise en charge dans le respect de chacun, la mise en œuvre des objectifs thérapeutiques dans un cadre sécurisant et étayant.

 

Par ailleurs, le thérapeute est signataire d’une charte d’éthique et de déontologie. Il doit exercer en conscience de ses limites professionnelles et personnelles, savoir remettre en question sa pratique, la confronter lors de supervision, faire preuve de discernement, être vigilant au cadre et au processus. Il est aussi important de ne pas s’enfermer dans ce cadre. Une souplesse est nécessaire afin de permettre un espace où pourra émerger « le matériau » : acte, mot(s), émotion, qui sera source d’évolution, de transformation, support de réflexion que le sujet peut s’approprier, porter à sa conscience, accompagné par le thérapeute.

 

Cet espace thérapeutique est aussi un espace créatif et ludique dans lequel le patient/client va ou pourra s’investir, selon son histoire ou sa problématique.

Quel que soit l’objet de sa prise en charge, le patient est avant tout un individu à part entière et son trouble, son handicap ou autre, ne le définit pas.

Le thérapeute se doit de construire la relation thérapeutique dans la bienveillance et la prise en compte de la singularité de son patient.

La justesse du thérapeute passera par l’équilibre entre observation et intervention, par le soutien physique et psychique qu’il apportera à son patient. Ce sera aussi offrir consciemment de l’espace afin que le patient trouve par lui-même le chemin de son autonomie (expérimentation par essais / erreurs, exprimer une demande, un besoin…)

 

 Parallèle du dispositif de l’équithérapie avec le processus de maturation de l’enfant et évolutif de l'adulte.

 

La mise en œuvre du cadre de l’équithérapie, fait écho au concept « de l’environnement suffisamment bon » de D. Winnicott, pédiatre, psychiatre et psychanalyste, ou de ce que nomme Mélanie Klein : « les expériences suffisamment bonnes ». La mère qui est sensée offrir cet environnement « suffisamment bon » est donc « une mère suffisamment bonne », c’est-à-dire une mère capable de ne pas infliger à son enfant plus de défaillance qu’il ne peut supporter.

Dans la rencontre avec les partenaires : cheval et thérapeute et de par les processus proposés, le patient peut revivre cette dimension et les fonctions qui s’y rattachent et ainsi cheminer dans son développement identitaire.

En effet, les fonctions maternelles que nous allons décrire ci-dessous, sont indispensables au développement harmonieux de l’enfant, à la structuration du moi, au développement affectif et à la constitution du self. 

 

Le holding :

Le holding, ou portage désigne la façon dont est porté, soutenu, l’enfant physiquement et psychiquement. Ce sont les soins maternels qui soutiennent le « moi » de l’enfant encore immature. En fonction de la qualité de ce portage, la mère protège et est suffisamment contenante, pour permettre à l’enfant de grandir en se sentant sécurisé face à ses peurs et ses angoisses.

Le thérapeute par sa qualité de présence, sa posture, par le cadre sécurisé qu’il met en place, jouera ce rôle de juste soutenance pour donner confiance, encourager et permettre au patient de sortir de sa zone de confort afin d’accéder à un nouvel apprentissage.

Le cheval, peut permettre également cette régression. Le patient pourra ressentir physiquement et psychiquement le portage et ainsi déposer ses tensions, se « reposer sûr » concrètement.

La douceur et la chaleur du corps du cheval renvoient au corps de la mère. L’allure du pas, la plus souvent utilisée, dans son mouvement hélicoïdale, fait revivre le bercement intra-utérin. Cette allure est sécurisante, apaisante et stimulante. Même à l’arrêt, porté par le cheval, le patient peut revivre un état de régression, d’abandon tranquille.

 

 .     Le handling :

Le handling désigne la façon dont l’enfant est traité, manipulé corporellement par la mère, la façon d’agir sur lui dans le cadre du soin (nourrissage, toilette, caresses, massages) et par sa présence ou communication silencieuse. C’est par le handling que l’enfant peut dissocier son corps de l’environnement (Moi et non-Moi) et permet l’identification du « je » et de sa personnalité.

 

Le thérapeute : par sa façon de prendre soin du patient et aussi du cheval, d’agir avec bienveillance, va renvoyer au patient cette dimension du handling.

Le cheval est un animal que l’on manipule, dont on prend soin lors du pansage. Le patient peut le gratter, le caresser. Prendre soin du cheval sera une façon de réinvestir une éventuelle carence, éveiller le désir de prendre soin de soi et le désir de se porter vers l’Autre en confiance.

 

  .    L’object presenting :

« L’object presenting » signifie le mode de présentation de l’objet à l’enfant : est-il présenté au bon moment ? C’est-à-dire ni trop tôt, afin que l’enfant puisse expérimenter la notion du désir ni trop tard, afin que l’enfant n’éprouve pas d’angoisses telles que l’abandon, l’effondrement. Par ailleurs, une mère dans le « trop », ajoute à l’angoisse d’abandon, celle d’intrusion.

 

C’est dans cet espace développemental que se construit la communication sur les bases de la demande, de la réponse et de l’anticipation.

 

Pour le thérapeute, cela va signifier sa capacité à s’adapter au patient, à son évolution, à être attentif à son besoin, afin de proposer le bon cadre, le cheval (le « bon » cheval), les exercices au bon moment, et l’utilisation pertinente du matériel (selle, rennes…). C’est aussi son aptitude à intervenir à bon escient, sans jouer le rôle du sauveur ni laisser, dans une intention d’autonomisation du patient, un temps trop long à l’accompagner dans une difficulté. Il lui permettra, par les situations qu’il propose avec le cheval, et par son attitude, d’investir les dimensions de la communication citées plus haut.

 

Par ailleurs, et en complément de ces trois fonctions, nous allons définir comment le cadre de l’équithérapie permet au patient d’affirmer, de développer, de re-créer son identité, son Soi, de se définir dans sa relation à lui-même et au monde extérieur.

 

L’équithérapie offre un espace créatif et ludique en lui-même et par les jeux thérapeutiques que le thérapeute propose (avec ou autour du cheval). Le patient pourra se les approprier pour faire vivre sa créativité et se positionner comme acteur de son devenir. La présence du cheval, qui est dans son propre mouvement, va alors offrir un support de créativité. La relation avec le cheval implique l’adaptation, et l’adaptation est créativité.

Dans le jeu, le patient crée et il se crée.

 

Selon D.W.Winicott, le jeu crée une « aire transitionnelle ». « C’est en jouant, que l’individu, enfant ou adulte, est capable d’être créatif et d’utiliser sa personnalité toute entière »[2]. Cet espace permet de se trouver soi. La créativité est une des conditions nécessaires à la découverte et à la réalisation de soi.

La sécurité intérieure suffisante du patient va lui permettre d’investir cet espace dans lequel il sera acteur. Ce sera par «l’éprouvé » dans le dispositif thérapeutique, que le patient façonnera sa sensation de sécurité intérieure. 

Selon Anzieu, l’importance de l’aire transitionnelle persiste au cours du développement humain : « La re-création d’une aire transitionnelle est la condition nécessaire (mais non suffisante) pour permettre à un individu, à un groupe, de retrouver sa confiance dans sa propre continuité, dans sa capacité d’établir des liens entre lui-même, le monde, les autres. "

Dans cet espace transitionnel, le patient, fait un compromis entre la réalité interne (ce qui est subjectif) et la réalité extérieure (ce qui est objectif) ou selon Freud, entre le principe de plaisir et le principe de réalité. Ce compromis permet au sujet de s’adapter aux aléas et contraintes du monde extérieur.

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Autre élément fondateur utilisé par l’enfant est le symbole de l’état fusionnel qui n’est plus entre la mère et l’enfant. L’objet transitionnel permet ce passage de cette phase fusionnelle à l’individuation psychique de l’enfant.

Les caractéristiques de l’objet transitionnel choisi par l’enfant sont la douceur et la chaleur, la souplesse et parfois la capacité de mouvement tel qu’un animal en peluche puis un animal réel. D.W. Winnicott met en évidence la capacité des jouets animaux et des animaux réels à ramener aux expériences les plus primitives.

 

Dans le cadre de l’équithérapie, au début de la prise en charge, certains patients peuvent se trouver en fusion complète avec le cheval. Peu à peu le patient va sortir de sa symbiose avec l'animal, par l'intermédiaire du thérapeute. À ce moment, le cheval n'est plus considéré par le patient uniquement comme une source de plaisir, pas encore considéré comme un objet totalement différencié de lui. Il se situe dans l'aire intermédiaire définie par D.W Winnicott, c'est ce qui nous fait dire que le cheval peut-être, à un moment de la prise en charge, considéré par le patient comme l'objet transitionnel. Cette tendance à la régression est le ressort même de l'action thérapeutique : le thérapeute aide peu à peu le patient à émerger de la situation fusionnelle et à faire vivre le cheval comme Autre, condition nécessaire à l'individuation  et à la formation du Moi. "

 

 

Ces éléments s'intègrent dans le cadre de l'accompagnement, des adultes souhaitant mieux se connaître, questionner leur identité, ce qui fait sens et devient essentiel.. Pour ceux qui s'engagent dans un processus de libération des conditionnements et des peurs qui enferment l'expression du vrai Self.(Soi)